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"Je ne regrette pas d'être passé par Quintin,

Tout homme a besoin de spiritualité !":

Jean-Claude Murgalé, né 6 août 1945 à Saint Launeuc, entré à Quintin en septembre 1956, 6e Saint Yves. Scolarité à Quintin : 7 années, de la sixième à la terminale.

Date de sortie de Quintin : juin 1963. Destination: l'école d’agriculture de La Ville Davy à Quessoy

 

Quand avez-vous choisi de quitter le petit séminaire ?

« Dès la 4e, j’ai senti que je n’avais pas la « vocation » comme on disait, et psychologiquement, je suis entré en « résistance. Mais j’avais bien compris que Quintin, c’était le passage obligé pour faire des études, car mes parents, agriculteurs, n’avaient pas de gros moyens. J’avais réussi l’examen des bourses, et cela leur permettait de régler ma scolarité.

Mon objectif a donc été de ne pas redoubler pour ne pas allonger le temps passé à Quintin. Je me souviens de complicités fortes avec Denis Lulbin et Gérard Rigollet, notamment. Je ne suis pas certain que nous parlions ouvertement de notre avenir, mais nous nous sentions proches… »

Comment vous y êtes vous pris ?

« En mai 1963, au retour des vacances de Pâques, prenant mon courage à deux mains, je suis allé voir le père Thomas, le supérieur et je lui ai dit que ce n’était pas la peine de réserver une place pour moi à Saint Brieuc.

Passé le moment de surprise, il m’a demandé ce que je comptais faire. Et comme je lui ai répondu que je n’en avais pas la moindre idée, il m’a orienté vers le lycée agricole de La Ville Davy à Quessoy, dirigé par l’Abbé Mathurin Briens, qui cherchait des surveillants. Le petit séminaire faisait partie de ses filières de recrutement. J’ai ainsi pu sortir de Quintin, et préparer le concours d’entrée à l’école supérieure d’agriculture d’Angers. Quand on est fils d’agriculteur, on pense naturellement à devenir ingénieur agronome pour monter un barreau dans l’échelle sociale. Mais j’étais nul en math, et j’ai échoué. Je dois avouer aussi que le farfum de liberté à 18 ans , m’avait en peu enivré.. »

Vous souvenez-vous de difficultés particulières à surmonter ?

« Oui, cela a été très difficile de franchir le pas pour annoncer ma décision de sortir des rails. Surtout à ma famille. Je savais que cela leur ferait beaucoup de peine et provoquerait beaucoup de déception chez ma mère. Cela s’est révélé exact. Mes parents avaient milité à la JAC (Jeunesse Agricole Chrétienne) qui, pour tous les deux, avait été une exceptionnelle école de formation d’adultes. Et « donner » un prêtre à l’église était pour mes parents, une sorte de manière de rendre ce qu’ils avaient reçu ».

Quels souvenirs forts gardez-vous de votre enfance à Quintin ?

-en positif :

« La possibilité de faire des études, la rencontre avec des maîtres exceptionnels comme l’abbé Joseph Ruello qui était mon directeur de conscience…, les sorties dans les bois de La Perche, les matches de foot sur le grand terrain de la vallée du Gouet… où on allait acheter des crêpes en cachette, les sorties en vélo le dimanche matin pour aller chanter la messe dans les paroisses des environs, la visite aux personnes âgées le jeudi après-midi.

-en négatif

« La pression morale et psychologique du contrôle du courrier, de la vérification des billets de confession… les règles incompréhensibles pour un petit paysan comme l’interdiction de participer aux battages pendant les vacances d’été… »

Quel itinéraire professionnel avez-vous vécu après :

« Après un peu de tâtonnements au cours de deux années à Quessoy, j’ai fini par rejoindre la faculté de droit à Rennes, d’abord comme étudiant dispensé de cours, puis à temps complet. Puis, pour subvenir à mes besoins, j’ai cherché des stages de vacances. Ouest-France m’a proposé des remplacements d’été dans des rédactions, Châteaulin puis Rostrenen. J’y ai pris goût. J’ai abandonné mes études universitaires… après trois premières années de droit (sans avoir réussi un seul diplôme) et je suis devenu journaliste à plein-temps.

J’ai donc fait ma formation professionnelle sur le tas, dans le grand livre ouvert de la vie. Je me suis trouvé confronté à des manques importants de culture générale et d’ouverture sur la vie et sur le monde. Quintin ne nous avait pas forcément préparés à affronter les réalités et les complexités du monde. J’ai beaucoup ramé. Mais, je pense que la ténacité du caractère breton m’a permis de tenir et de progresser.

J’ai donc travaillé 40 ans dans le groupe Ouest-France, comme journaliste, à différents postes. Après la rédaction, j’ai eu la chance de créer la première filiale de multimédia (au moment de la télématique en 84-86) puis de diriger le Marin (un hebdomadaire maritime professionnel, pas mal pour un paysan !), avant de devenir directeur départemental des services d’Ouest-France en Loire Atlantique pendant 15 ans et d’achever ma vie professionnelle comme conseiller éditorial pour la télévision par internet (mavilleTV).

J’ai aussi été correspondant régional pour le journal Le Monde pendant 15 ans pour la région des Pays de la Loire.

Estimez-vous que votre passage à Quintin a fortement marqué

-votre vie personnelle ?

« Oui, incontestablement. On ne sort jamais indemne de son éducation. J’étais un enfant très timide. Mes parents m’avaient appris les vertus de l’obéissance et du travail. J’étais donc une « bonne pâte » en arrivant à Quintin. Curieusement, cet esprit de « soumission » m’a empêché de trop souffrir de la pression psychologique. Et il m’a permis de me forger un esprit de « résistance », en secret…

Quintin m’a aussi ouvert les yeux sur la solidarité, l’attention à porter aux autres, le respect des valeurs, les bonheurs simples… »

votre vie professionnelle ?

« Je pense que Quintin m’a « armé » psychologiquement à affronter les difficultés de la vie et de mon métier. La capacité de serrer les dents quand c’est très dur et de continuer à avancer. Sans trop « s’écouter » comme on disait dans ma campagne.

 

Votre situation familiale (combien d’enfants et de petits enfants ?)

« Marié depuis 1968, deux enfants, Anne et Gaël… et quatre petits enfants... pour le moment.

Vos projets de retraite (engagements militants etc.….)

« La vie associative

Fondation de France, comme correspondant départemental en Loire-Atlantique,

Mémoire et Débats, une association qui édite la revue Place Publique sur la métropole Nantes/Saint-Nazaire

Les voyages, la pêche à pied, du temps pour la famille et les amis, le vélo et la randonnée pédestre… »

Petit message personnel en forme de conclusion (aux copains, aux profs…) sous forme de texte libre :

« Je m’étais promis que quand je serais en retraite, je prendrais l’initiative de chercher à retrouver mes petits camarades de Quintin. Georges m’a devancé. Je l’en remercie. Je suis très heureux de ces échanges.

Ce n’est pas la nostalgie, ni le plaisir narcissique de contempler le passé dans le rétroviseur qui m’importent.

Ce que je recherche, c’est de comprendre, dans le demi-siècle (extraordinaire pour les changements et les bouleversements de tous ordres) que nous venons de vivre, comment, notre classe d’âge, née au lendemain de la guerre, a évolué, après avoir connu le même creuset d’éducation du Petit Séminaire. Le « moule » a été identique, mais on voit bien qu’il n’a pas produit de « standard ». Que l’institution n’a, en tout cas, pas atteint son objectif qui était de former des prêtres…. Nombre de ceux qui sont allés au bout, se sont trouvés dans des situations qui les ont fait souffrir.

Je ne regrette pas d’être passé par Quintin. Qu’aurais-je connu autrement ?

Je n’ai jamais eu envie de régler des comptes ni avec l’institution, ni avec l’Église. Je me sens plutôt, comment dire, « à côté ». Comme un observateur privilégié qui a « connu » de l’intérieur, et qui a pris de la distance.

Mes enfants sont allés au catéchisme, ils ont baptisé leurs enfants. mais cela ne va pas plus loin.

Je pense que tout homme a besoin de spiritualité. Qu’il y a des valeurs d’humanisme, de solidarité, de fraternité, de travail, de loyauté… qui, partagées, rendent le monde plus vivable. L’Église n’en a pas le monopole. Pour le moment, la fermeture au monde de sa hiérarchie papale et ses crispations sur le passé, l’empêchent d’apporter le supplément d’âme qui entraînerait à nouveau, peut-être, mon adhésion. »

 

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